Lors du Café démocrate du 19/01/2010, il était question du débat sur l’identité nationale lancé par le ministre Besson. Même si nous ne voulions pas trouver une définition de ce qu’est être Français, inévitablement, la discussion a débordé sur l’identité nationale en tant que telle. De ce bel échange, il est clairement ressorti qu’il était impossible de définir l’identité nationale.

Alimenté par ces discussions et ces réflexions, j’ai pu mûrir un peu plus le sujet. Rien de bien nouveau, ni qui vaille la peine de faire la une des manchettes. Mais je me permets humblement de le partager avec vous. C’est quoi être Français ? En tant qu’immigrant et confronté au quotidien à une autre culture, à une autre utilisation du français, devant nous construire et nous définir dans un nouvel ensemble étranger, il me semblait que nous étions peut-être plus aptes à trouver des réponses… Et pourtant… il est plus facile de dire ce qu’être Français n’est pas…

Bien sûr, être Français, ce n’est pas appartenir à une race, à un groupe ethnique particulier. La France et les Français sont le produit de constants mouvements de populations depuis Cro-Magnon jusqu’à l’immigration contemporaine. Au moins autant que l’Amérique du Nord, la France est et reste un pays d’immigration. Des Alsaciens au Bretons, en passant par les Basques, les Auvergnats, les Savoyards ou les Marseillais, l’unité ethnique est loin d’être facile à discerner. Et si on ajoute à cela les particularismes et les identités régionales, parfois très fortes, le peuple français apparaît comme une mosaïque d’identités, mais pas de communautés isolées et vivant côte-à-côte.

Être Français, ce n’est pas parler le Français… aujourd’hui, la majorité des personnes qui ont la nationalité française parlent le Français et c’est la langue officielle du pays. Mais depuis quand le Français est-il parlé par tous en France ? Mon grand-père, dont la famille vit autour des mêmes villages de Charente depuis plus de 500 ans, est de loin de vieille souche paysanne “française”. Pourtant, sa langue maternelle est l’occitan. Il a appris le français dans les écoles de la République où on lui interdisait formellement de parler le patois. L’unité linguistique du pays s’est faite tardivement… il est bon de se rappeler aussi que dans plusieurs régions ont réintroduits les dialectes et langues locales : le basque, le gaélique, le corse… et n’oublions pas le ch’ti !

Être Français, ce n’est pas être catholique. Il y a de nombreuses autres religions en France : différentes formes du protestantisme, quelques orthodoxes, des juifs, depuis peu une forte minorité musulmane, etc. La France c’est aussi la laïcité et une forte partie de la population est agnostique ou athéiste.

Être Français, ce n’est pas être républicain. En effet, il existe de nombreux Français qui ne soutiennent pas la république : des anarchistes, des royalistes, des bonapartistes, etc. D’ailleurs, historiquement, ce sont les écoles de la IIIe République qui ont installé le système républicain dans le cœur des Français. Peut-on dire d’un Français royaliste, tu n’es pas Français ? Assurément pas.

Être Français, ce n’est pas des attitudes particulières. Tremper son croissant dans son café au lait, ne fait pas de vous un vrai Français, ou un plus Français que celui qui préfère du thé vert et des raisins secs au petit-déjeuner.

Et nous pourrions continuer l’exercice pendant longtemps. Pourtant, nous nous reconnaissons entre nous. Les étrangers aussi savent repérer un Français, autant que nous arrivons à reconnaître un touriste états-uniens ou un Allemand ou un Anglais.

Une des principales questions que je me pose devant cette incertitude est la suivante : est-ce que la mondialisation, l’ouverture des frontières, la construction européenne ou encore la possibilité de découvrir directement par soi-même les autres cultures ne nous ont pas rendu la nation dépassée ou vide de sens ? Là encore difficile à dire, mais depuis le développement du nationalisme européen au XIXe jusqu’aux égarements de la seconde guerre mondiale, l’histoire a forcément joué un rôle et notre relation à la “nation” a forcément changé.

Malgré tout cela, il existe bien une France, des Français, c’est-à-dire des personnes qui vivent dans un même État, ont les mêmes services publiques, un même système scolaire, suivent à peu près les mêmes médias et ont une conscience collective commune (voire des consciences collectives). Les Français expatriés, comme nous, le constatent souvent lorsqu’ils reviennent en France. Ils doivent se mettre à jour, voient les changements d’esprit, d’atmosphère, de cette France en constant mouvement.

J’ai tout de même un élément de réponse à la question c’est quoi être Français. Être Français, c’est quelque chose de très personnel dans la perception de son identité et de son appartenance à un vaste ensemble. Pour ma part, même si je ne peux pas le formuler en phrases claires, je vous dirais que lorsque j’écoute la chanson Douce France chantée par Rachid Taha, j’ai l’impression de comprendre pourquoi je me sens Français et je suis Français.

Il y a des choses comme cela qu’il est difficile de nommer, parfois dangereux de définir et impossible à figer.

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